La Semaine

Revoyez mon entrevue pour le magazine La Semaine, édition du 18 décembre 2020.


Guillaume Dulude À la rencontre de l’autre et de soi, par Michèle Lemieux

 

Docteur en neuropsychologie et aventurier, Guillaume Dulude se passionne pour la communication. À travers son travail, ses voyages et sa relation aux autres, il étudie les comportements humains. Son essai, Je suis un chercheur d’or, permet de mieux nous comprendre et peut-être même de changer notre vie…

Guillaume, vous animez Tribal. Comment résumeriez-vous l’émission?

C’est un concept qui met l’accent sur les tribus nomades. Je vais à la rencontre de personnes qui sont, en apparence, complètement différentes sur le plan de la culture et de la langue. Je fais découvrir leur vie et leur culture en essayant de montrer comment on peut connecter avec elles. J’ai visité une dizaine de tribus dans ma vie. Cette émission est l’occasion d’illustrer concrètement ce que je fais et de faire découvrir des facettes méconnues de ces gens. Je fais des liens avec notre façon de vivre. J’ai passé ma vie, mes études, mon doctorat à essayer de comprendre qu’elle est l’essence des humains et ce qui motive leurs comportements. Mon but, c’est toujours d’aller à l’essence de ce qui nous unit et non ce qui nous divise les uns les autres. Tribal réunit tous les éléments de ma quête des 15 à 20 dernières années.

Vous nous présentez votre livre, Je suis un chercheur d’or. Qu’est-ce qui vous a motivé à l’écrire?

Je me suis toujours demandé pourquoi un tel se comportait de telle manière ou pourquoi je me sentais de telle façon. Je pense que le fonctionnement de l’humain a toujours été mon obsession. J’ai toujours voulu avoir les vraies réponses. Et savoir si, une fois qu’on trouve ces réponses, on a des choix. Peut-on créer un futur et une destinée qui nous stimulent? J’ai toujours été assez anxieux socialement. J’avais peur de ne pas avoir d’amis à l’école. Je voulais comprendre pourquoi on se sent bien avec certaines personnes et pas avec d’autres. Je n’avais jamais été satisfait des réponses.

Comment avez-vous obtenu des réponses?

J’en ai progressivement trouvé en m’intéressant à la littérature scientifique. J’ai compris que mon travail allait être de les partager avec les gens pour transformer les connaissances scientifiques en comportements et en stratégies, afin de leur donner le pouvoir de créer des choses qu’ils souhaitent. C’est une question de conscience technique, de lecture de la situation.

On présume qu’on est loin, ici, de la pensée magique…

Effectivement. Une grande partie de ce qu’on désire accomplir est possible, mais ça l’est proportionnellement à la technique ou à la conscience qu’on a. Ce qui m’intéresse, ce sont les résultats tangibles, les effets concrets, réels, mesurables. Il y a beaucoup d’anecdotes pertinentes et d’histoires qui montrent comment j’ai utilisé ces stratégies avec des tribus de différentes cultures et dans divers contextes. Pour ceux qui veulent aller plus loin, j’explique des phénomènes scientifiques. Tout le monde peut les comprendre.

Vous désirez outiller les gens pour les aider à atteindre un mieux-être…

Oui, j’essaie de leur dire qu’ils ont raison de se sentir comme ils se sentent. Il y a des causes, mais il y a aussi des choix qui s’offrent à eux. Il n’y a pas de cours pour nous enseigner comment fonctionne l’humain, même si, au bout du compte, on est censés réussir notre vie. Mais en nous basant sur quoi? On n’apprend même pas à faire des choix, à choisir des objectifs, à identifier les relations saines versus les relations malsaines. Dans mon livre, j’expose les règles du jeu pour ceux qui veulent vraiment jouer et avoir du plaisir, car c’est le but. Je crois que plus les humains disent oui à leurs rêves, plus ils voient leur potentiel. Le potentiel est en nous, mais il faut y accéder.

On ressent chez vous une grande aptitude à communiquer. D’où vous vient-elle?

La base de toutes les compétences interpersonnelles, c’est l’écoute. Toute ma vie, je me suis intégré à des tribus. Pour y arriver, j’écoute. J’interprète les signes. C’est un timing. C’est comme une symphonie. Chaque fois qu’on a la chance de créer une relation, c’est un privilège.

Vous dites avoir été un enfant anxieux. Votre mère aurait joué un rôle important sur ce plan. Pourquoi?

Oui. L’«agréabilité» est un trait de personnalité: c’est la tendance naturelle à vouloir plaire aux autres, à vouloir être gentil et à créer des émotions positives. Ça nous rend très emphatiques. Mais quand on vit ça à l’extrême, on s’oublie et on ne fait que s’adapter aux autres. Très tôt, j’ai eu du mal à gérer mes conflits et à m’exprimer, car j’avais peur de déplaire aux autres. Ma mère m’a expliqué qu’elle ne pouvait pas toujours me défendre et que je devais me pratiquer à accepter l’opposition. Avec elle. J’ai pratiqué ma capacité à parler avec mon meilleur ami qui m’intimidait. Comme je ne prenais pas mes responsabilités, il avait toujours l’air du méchant. Chaque fois que nous ne prenons pas nos responsabilités, c’est toujours la personne qui s’exprime le plus qui devient l’oppresseur, alors que c’est à nous de veiller à nos intérêts.


Guillaume Dulude a lancé Je suis un chercheur d’or: Les mécanismes de la communication et des relations humaines aux Éditions de l’Homme. Il donne des formations en ligne faciles d’accès, ainsi que des conférences et formations plus étoffées (communicationpsycom.com). Il anime Tribal, qu’on peut voir à tv5unis.ca.

PHOTO COURTOISIE, TV5

Le goût de l’aventure Guillaume a fait un double doctorat en recherche et en intervention. Ce grand voyageur a visité une centaine de pays et parle neuf langues. S’il a vécu plusieurs moments marquants en côtoyant les tribus, il en relate un qui lui vient spontanément en mémoire. «J’ai commencé à visiter des tribus au Kenya en 2005. C’était ma première expédition. J’ai installé mon hamac entre deux arbustes, sans être conscient des dangers autour. Il avait plu, Mon feu s’était éteint et mon hamac était rempli d’eau. J’ai entendu la respiration d’un animal. Je ne le voyais pas, mais que je sentais approcher. Je me suis caché la tête dans l’eau. L’animal m’a senti, puis il est passé sous moi. En sortant ma tête, j’ai vu un lion poursuivre sa route… et j’ai remis ma tête dans l’eau! (rires) C’est la fois où j’ai eu le plus peur de mourir.»

18 décembre 2020 • La Semaine

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